La France au Pilori! Commander Valin-kitsaka!

 

Valin-kitsaka!

Le livre du réveil merina à la vie

La carrière publique de Valin-kitsaka![1] commence au mois de novembre 1996, au moment de l’ouverture sur internet du site Sehatr’Imerina dont l’objectif principal consistait même en fait à le diffuser gracieusement, sur simple demande. Devant en effet les difficultés à l’éditer directement à Madagascar même, il avait fallu trouver un autre moyen. Quoi de plus judicieux alors que de profiter des nouvelles opportunités offertes par le réseau international. Et effectivement, aussitôt son existence révélée, les demandes pour en obtenir un exemplaire commencèrent à arriver d’un peu partout. A partir enfin du mois de mars 1997, l’ensemble de l’ouvrage, à l’exception des notes en bas de page du texte original, fut déposé directement sur le Web.



Vindication!

Within the globalization process, the respect of Human Rights is being established as the foundation of justice. In that regard, the crimes perpetrated by the majority powers against the powerless minorities cannot be ignored indefinitely in complacency.
The mission of Valin-kitsaka! is, by taking the noble duty of addressing such issue, to restore the rights and dignity of the Merina, the Malayo-Indonesian people of Madagascar who have been subjected to France’s deliberate attempts of ethnocide for a century.
From the perspective of the indigenous Merina, muted for long time, the author is delivering a thorough historical review and an in-depth analysis of the concepts feeding the present political discourses. He then goes beyond the usual anticolonialism rhetoric to question France’s imperial inclination, veiled in fake advocacy of such causes as « universalism » and antiracism.
A stunning piece of French political literature!

The MERINA NATION

 



Pourquoi Valin-kitsaka! ?

Le soir du 6 novembre 1995, la nécropole et le palais royal d’Antananarivo, ensemble mieux connu de l’étranger sous l’appellation de « Palais de la Reine » disparaît sous les flammes à la suite d’un incendie provoqué par des bombes incendiaires lancées par un commando de plusieurs hommes qui s’échappent ensuite tranquillement. Les gardiens se sont en effet contentés d’essayer d’empêcher l’intervention de la foule accourue tandis que les pompiers n’arrivent que longtemps après le drame pour faire de la simple figuration sur les lieux du sinistre. Résultat : en quelques heures à peine, les plus importants vestiges laissés par quatre siècles d’histoire partent en fumée pour les Merina. Non seulement donc les bâtiments mais aussi l’ensemble des cimetières, dont celui d’Andrianampoinimerina, reconnu unanimement pour être le plus grand de tous les souverains ayant jamais régné dans l’île (…)

(Accéder à l’ensemble du texte)


Depuis lors, même s’il est difficile d’estimer le nombre exact des personnes qui ont pu en prendre connaissance, directement ou par l’intermédiaire de copies, on peut dire que la réputation de Valin-kitsaka! n’a cessé de progresser dans les milieux s’intéressant aux problèmes de Madagascar. Parallèlement, bien des articles publiés dans l’hebdomadaire Feon’ny Merina (ainsi maintenant que les émissions radiophoniques de Radio Feon’Imerina) ont aussi beaucoup contribué à répandre auprès du grand public merina n’ayant pas encore accès à internet nombre d’idées défendues par l’ouvrage. Il convient enfin de rappeler que, dans le cadre des échanges sur le forum du Zaikabe Merina, la plupart des thèmes abordés dans Valin-kitsaka! ont pu être développés davantage, et qui plus est, directement en langue merina cette fois-ci. Au point donc que l’on peut dire qu’il existe désormais à côté de Valin-kitsaka! un véritable corpus d’observations et de propositions structurées dans le même esprit, consacré au renouveau national merina. Largement diffusés (et cela commence déjà à être le cas), l’ensemble de ces textes, comportant plusieurs centaines de pages, ne manqueraient de servir d’outils précieux de travail à tous ceux qui voudront apporter leur contribution à la lutte.

Par conséquent, plus de trois ans maintenant après le début de la diffusion de Valin-kitsaka!, il nous semble opportun de dresser un premier bilan, s’efforçant notamment d’apporter un début de réponse aux deux séries de questions suivantes :

a) Quelle est la véritable signification de cette oeuvre, replacée dans le contexte de la vie politique et culturelle de Madagascar? Plus largement, quelle place Valin-kitsaka! semble d’ores et déjà occuper dans l’histoire des idées à Madagascar ou au sujet de la perception que les gens de ce pays auront à l’avenir du monde extérieur, dont évidemment, en premier lieu, la France?

b) Sur le plan pratique, que peut-on déjà affirmer au sujet de l’impact véritable de Valin-kitsaka! dans l’évolution actuelle du débat politique et culturel à Madagascar? Qu’est-ce que tout cela est en mesure de promettre pour l’avenir?

D’emblée, il est alors manifeste que l’apparition de cet ouvrage constitue une véritable rupture dans le train-train du discours politique concernant Madagascar. Il semble bien en effet que c’est la première fois qu’un livre s’affiche ainsi délibérément merina. Et pas seulement à travers le choix personnel de son auteur (qui rejette donc sans autre forme de procès jusqu’à cette appellation de « malagasy » ou « malgache » que l’on sait d’origine étrangère) mais aussi son orientation idéologique et l’ensemble de ses revendications. Ainsi, il refuse de se réclamer d’une quelconque doctrine politique (ou même philosophique ou religieuse) d’inspiration étrangère pour prôner, non pas tant un point de vue se prétendant « merina traditionnel » qu’une simple vision pragmatique, en fonction des problèmes concrets que se posent les Merina actuels et les objectifs qu’ils souhaitent atteindre. Etant entendu cependant que pour lui, le premier de ces objectifs ne pourrait être que celui consistant à assurer la perpétuation du groupe à travers la continuité de son histoire. En d’autres termes, qu’importe la formulation idéologique du moment que cela permet aux Merina de se relever de leur déchéance pour se remettre de nouveau au diapason de l’avenir, en reprenant en main la maîtrise de leur propre destin. Car les seuls évidemment dont il se permet de se préoccuper des affaires sont donc les Merina, ce qui remet aussitôt en question jusqu’à la notion même de « communauté nationale malgache ». D’où également son rejet de l’actuel Etat unitaire dont il dénonce, non seulement l’inefficacité et l’inadaptation foncière face aux impératifs du développement et de la mondialisation mais également l’illégitimité, par rapport à des considérations d’ordre aussi bien politique et historique que surtout, moral et culturel.[2]

L’argument invoqué s’appuie sur le fait que, par ses origines comme par sa vocation ou son mode de fonctionnement, la République malgache ne fait que perpétuer le système colonial dont la seule préoccupation était, évidemment, le service des intérêts impériaux de la France. Or, nul ne pourrait nier que ces derniers se fondaient sur la volonté d’assimiler les indigènes vaincus en en faisant à terme des « français », ce qui implique nécessairement une destruction de toutes les autres nations traditionnelles dont, en particulier, pour Madagascar, celle des Merina.[3] En d’autres termes, la République malgache, en tant qu’Etat unitaire prétendant représenter une nouvelle nation dénommée « malgache » ne peut que nuire mortellement aux intérêts de la nation historique merina (ce qui permet déjà de comprendre pourquoi tant de « vandalisme »!), comme également à toutes les autres nations traditionnelles de Madagascar. Comme par ailleurs, ces « nations naturelles » servent elles-mêmes de support à toutes les identités ethniques et leurs manifestations à travers les particularités historiques, linguistiques et culturelles locales, on mesure sans peine tout ce que leur destruction implique comme barbarie inacceptable. Et d’autant plus donc que, pour parer à la menace de dépersonnalisation et d’homogénéisation planétaire provoquée par l’inévitable globalisation, une réhabilitation conséquente des enracinements ethniques et régionales semble plus appropriée que la défense des vieilles prérogatives de l’Etat-nation, désormais bousculées de toute part.

Autre conséquence inattendue de cette nouvelle approche, l’auteur rejette, non seulement donc l’héritage politique colonial et sa perpétuation par la République malgache, mais aussi la dimension impériale de l’ancien royaume de Madagascar.[4] Ce qui fait que cet épisode marquant de l’histoire des Merina ne représente plus ici qu’une simple parenthèse à la fois héroïque et tragique qui vient justement de se fermer définitivement avec la destruction d’Anatirova. Dans ce sens, le phénomène colonial et son prolongement malgache contemporain appartiennent effectivement à une même tendance historique, celle caractérisée par la construction de l’Etat-nation sur le modèle post-révolutionnaire français. Et cela explique évidemment pourquoi le personnage d’Andrianampoinimerina (le dernier souverain merina de la période précédant le début de l’acculturation occidentale) devrait interpeller davantage les générations merina futures que celui de Radama et ses successeurs.[5]

De même, pour condamner les agissements de la France, Valin-kitsaka! rompt avec le rituel de l’anticolonialisme classique, hérité comme l’on sait du discours des gauchistes européens eux-mêmes, pour des raisons qui ne concernent d’abord que leurs propres stratégies politiques. En effet, ce qui est montré du doigt n’est plus ici une simple idéologie (dont personne ne s’est d’ailleurs jamais réclamé puisque, comme le « racisme » pour les « antiracistes » de notre époque, le « colonialisme » est d’abord une simple accusation de ceux qui se prétendaient eux-mêmes « anticolonialistes ») caractéristique d’une époque donnée mais l’ensemble du système qui l’a sécrétée, et qui continue d’ailleurs à l’entretenir, à savoir justement l’Etat-nation français lui-même. Après tout, la France ne possède-t-elle pas toujours de véritables colonies lointaines habitées par des non-européens, et surtout, ne continue-t-elle pas à prôner l’assimilation-francisation de ses immigrés, pour la plupart, originaires justement de ses « anciennes » colonies.

Considérant alors que la France n’a jamais cessé de jouer un rôle déterminant dans le processus d’asservissement et de destruction de la nation merina (cela avait commencé avec la traite négrière au XVII-XVIIIe[6] siècle pour se poursuivre jusqu’à nos jours avec le soutien éhonté accordé à la République malgache, en passant par les agressions incessantes du XIXe siècle et la colonisation), et que par ailleurs, on se trouvait en plein centenaire du début de la colonisation, l’auteur décide de procéder à un véritable réquisitoire. Sans compter qu’en définitive, il semble bien qu’une telle entreprise n’a jamais été vraiment tentée, tout au moins du point de vue de l’indigène colonisé, en toute indépendance intellectuelle et idéologique. Jusqu’ici en effet, toutes les dénonciations du phénomène colonial se sont contentées de s’appuyer sur le discours anticolonialiste ou humaniste européen lui-même, et qui plus est, en vue surtout de favoriser la cause du nationalisme étatique (lorsque ce n’est pas le « socialisme »), à la façon également européenne. En somme, on a voulu adresser des reproches à l’Europe, au nom de ses propres valeurs et pour mieux réaliser celles-ci, considérées d’office comme étant effectivement « universelles ». Et la seule raison d’être de la lutte contre le « colonialisme » consistait à transformer les territoires coloniaux délimités par les Européens en Etat-nations indépendants, sur le modèle également européen, mais dirigés cette fois-ci par des éléments indigènes occidentalisés, perpétuant l’oeuvre de leurs anciens maîtres, tout en s’alliant à l’occasion avec leurs rivaux attitrés.

Lorsqu’on présente les choses sous cet angle, on commence à entrevoir pourquoi la décolonisation n’aboutit-elle souvent à qu’à des résultats aussi décevants, en particulier dans le cas des colonies françaises d’Afrique. En fait, on peut même maintenant se demander si les ainsi dénommés « anticolonialistes » européens (sans parler des Américains et des « Soviétiques »!) n’ont pas tout simplement frustré les nations colonisées d’une véritable décolonisation, d’une restitution de la liberté des vaincus afin de leur permettre de poursuivre leur propre histoire. Sinon pire, plutôt que des adversaires de la domination coloniale européenne, les anticolonialistes en étaient les sauveurs, en l’obligeant à se transformer pour mieux en assurer la perpétuation, sous d’autres aspects.[7]. Avec l’utopie communiste, l’anticolonialisme pourrait ainsi apparaître comme l’autre grande escroquerie politico-idéologique du XXe siècle
En ce qui concerne Madagascar en tout cas, cela semble évident puisque la « décolonisation » à la façon des anticolonialistes n’a absolument pas permis une réhabilitation des nations autochtones opprimées. Bien au contraire, pour les Merina par exemple, la transformation du régime colonial en « république malgache » n’a fait qu’empirer les choses. D’où la résolution de Valin-kitsaka! de se mettre cette fois-ci en face de la France elle-même pour en dénoncer, non pas seulement les agissements où l’adhésion à une certaine idéologie particulièrement pernicieuse que la nature profonde, en tant qu’Etat-nation fondamentalement agressive, ethnocidaire et cannibale.[8]

Ce qui fait qu’à cet égard, cet ouvrage comporte sans doute les plus terribles réquisitoires qui aient jamais été présentés contre la France. Cette fois-ci en effet, on n’en est plus aux échanges traditionnels d’injures comme c’est par exemple le cas entre les Anglais et les Français pour atteindre enfin l’essentiel, une dénonciation méthodique, on ne peut plus solidement argumentée, de la nature du mal, à l’origine directe du nationalisme moderne et ses cortèges innombrables de destructions (dont deux guerres mondiales!) et d’avilissement de peuples et de civilisations entières. Et d’autant plus remarquable donc que l’accusateur est ici issu de l’une des nations qui ont le plus souffert du « rayonnement » mortel de la France. Au point d’ailleurs que l’on peut aussi dire que Valin-kitsaka! représente peut-être la première véritable réponse conséquente du colonisé au colonisateur, en fonction uniquement de ses propres valeurs, ses sentiments et ses aspirations, et non de ce que de prétendues considérations « humanistes » ou « anticolonialistes » lui ont insufflées. En tout état de cause, c’est sans conteste la première riposte véritablement merina adressée à la France depuis la destruction de la monarchie il y a un siècle. Avec Valin-kitsaka!, le « Hova » que l’on croyait définitivement anéanti après avoir été enterré vivant se redresse subitement pour pointer le plus terrible des doigts accusateurs contre son infâme fossoyeur.

Si exorbitant que soit cependant le poids des responsabilités de la France dans cette macabre affaire, celle-ci n’est plus la seule qui doit s’asseoir sur le banc des accusés. En effet, depuis une cinquantaine d’années maintenant, elle est également assistée dans sa sale besogne par un complice, un auxiliaire indigène, en l’occurrence le Noir malgachisé, issu des rangs du FTMK/Padesm. Au point que durant ces dernières décennies, la domination française sur Madagascar s’est en fait exercée surtout par l’intermédiaire d’hommes de paille noirs, se définissant, non plus en fonction de leur ethnicité traditionnelle respective mais uniquement comme tanindrana ou « côtiers », c’est-à-dire en fait, non-merina. Il est vrai que ce n’est là qu’une simple continuation, une « malgachisation » en quelque sorte, de la vieille « politique des races » mise en place au début de la colonisation pour isoler justement les Merina et les empêcher d’exercer des responsabilités à l’échelle de Madagascar.

Et la conséquence en est donc tout simplement l’institutionnalisation d’une véritable politique d’oppression raciale ouverte. Du simple fait de leurs origines et de leur histoire, les Merina se retrouvent réduits à l’état de « minorité raciale » vouée à la disparition, une fois leur intégration dans la « nation malgache » achevée. Et en attendant, tout est fait pour les empêcher de résister ou d’améliorer leur sort. Par le moyen d’injustices administratives et d’exploitations fiscales ou des persécutions politiques (d’où déjà l’absence de parti politique ou même tout simplement d’association merina représentative) bien sûr mais aussi, et même surtout, l’endoctrinement, le contrôle exercé sur les esprits grâce à l’enseignement malgachiste.[9]

L’essentiel est que les Merina finissent par perdre en tant que peuple toute fierté, et donc aussi toute conscience de leur véritable histoire, de leur identité d’origine. De leurs particularités raciales, il ne doit subsister qu’un sentiment de honte, voire de culpabilité, comme s’il y avait là une anomalie suspecte. Leur importance dans l’histoire ou l’évolution culturelle de Madagascar doit ainsi être minimisée à l’extrême. D’où, par exemple, l’entretien du mythe de l’ « origine énigmatique » du peuplement de l’île. Admettre en effet l’évidence que Madagascar avait été une « île malaise » qui a fini par s’africaniser à la suite d’une introduction massive d’esclaves africains par le commerce arabo-musulman n’aurait manqué de faire la part trop belle aux Merina. Il n’est pas alors étonnant que tout rapprochement entre ces derniers et les peuples malais d’Asie du Sud-Est est devenu tout simplement une question taboue à Madagascar, comme s’il s’agissait réellement là d’une atteinte directe à l’entreprise d’ « unification nationale malgache ». Pour pouvoir être malgachisés plus facilement, les Merina doivent oublier qu’ils sont un peuple malais et que leur histoire pré-coloniale était finalement assez glorieuse.

Valin-kitsaka! se devait donc de dénoncer enfin cet état des choses et le fait sans détour, sans craindre personne, sans plus ménager aucune susceptibilité. Comme, par ailleurs, cette entreprise de destruction des Merina finit par s’appuyer aussi de nos jours sur l’idéologie antiraciste (reconnue ici comme étant avant tout un instrument servant à préserver la domination impériale européenne, et en particulier française, sur le reste du monde), il n’hésite pas non plus à s’attaquer courageusement aux incohérences de celle-ci. Ce qui fait qu’en définitive, Valin-kitsaka! contribue à sa manière à ouvrir la porte à une véritable analyse critique de l’antiracisme contemporain, en partant de considérations et de besoins différents de ce que l’on a l’habitude d’entendre à ce sujet. Il est vrai qu’entrevus à partir de la question merina (ou ailleurs, amérindienne), les Noirs n’apparaissent plus comme les victimes attitrés avec lesquels on se doit obligatoirement d’être complaisants mais au contraire les complices des Blancs, les profiteurs sans scrupules de leurs rapines, et en bien des pays colonisés, les héritiers privilégiés de leur injuste domination. On peut ainsi rappeler que les « tirailleurs sénégalais » n’étaient que les fidèles chiens de garde des coloniaux français, et même à l’occasion, leur principal instrument de terreur. Et aux Antilles comme dans bien d’autres régions d’Amérique centrale, les Noirs ont fini par devenir les seuls véritables héritiers du phénomène colonial, au détriment des aborigènes amérindiens.[10]

Mais là surtout où Valin-kitsaka! se montre résolument novateur, c’est dans sa mise en cause des malgachisants[11] et de leurs travaux. Comme nous l’avons déjà évoqué en effet, ce qui a surtout permis aux Français d’assurer leur domination sur Madagascar est d’une part la francisation de la nouvelle « élite » moderne par l’enseignement, et de l’autre la mainmise sur tout le discours à prétention « scientifique » concernant le pays. Au point que toute la vision du monde de ceux métamorphosés de ce fait en « malgache » en est profondément imprégnée, y compris donc au sujet de leur propre identité, de leur histoire et de leur culture traditionnelle. Même ainsi les nationalistes merina qui ont lutté avec acharnement contre le « colonialisme » n’ont jamais osé se réclamer d’être merina et de réhabiliter en conséquence l’oeuvre de la précédente monarchie, tellement le dénigrement des malgachisants les a déstabilisé, sans compter la crainte de passer pour « arriérés » ou « tribalistes » (ou plus récemment, « racistes » et « ethnonationalistes »). Car une fois passé à travers la vision malgachisante, les Merina ne sont plus donc qu’une simple « tribu malgache » parmi d’autres, ne se distinguant que par la présence à sa tête d’une vieille bourgeoisie, ou plutôt une « oligarchie » dont les membres sont aussi retors et dissimulés qu’imbus de leur supériorité et que les autorités doivent à la fois écarter du pouvoir et tenir constamment à l’oeil. Ce qui fait que Madagascar est sans doute le seul pays colonisé devenu soi-disant « indépendant » où le passé pré-colonial, pourtant particulièrement brillant, ne fut jamais réellement réhabilité, même parmi les descendants des anciens maîtres du pays. A tel point que l’on peut dire qu’avant d’être ainsi réduit en cendres, Anatirova vit déjà en fait sa mémoire systématiquement vilipendé par plusieurs générations de malgachisants, préparant de ce fait le terrain aux incendiaires.[12]

Pour pouvoir démonter toute cette machinerie, Valin-kitsaka! entreprend donc de décrypter d’une part la raison d’être véritable du discours des malgachisants (les « malgachiseurs » comme il les qualifie au passage), et de l’autre, de revoir à son tour la trame de l’histoire des Merina, en particulier celle du XIXe siècle, en fonction d’une problématique, pour une fois, purement merina et non plus franco-malgache. Comme prévisible, le résultat en est tout simplement bouleversant. Car non seulement donc le Royaume de Madagascar retrouve enfin la place qui lui revient dans la longue chaîne historique merina mais en plus, bien de nouveaux éclairages sont projetés sur les autres périodes marquantes du passé. Parmi celles-ci, une mention spéciale doit évidemment être accordée à la passionnante question des origines et des rapports entre les Merina et l’Asie du Sud-Est. Et à ce sujet, l’auteur (qui est historien et linguiste de formation) est d’autant plus troublant qu’il semble très familier avec tout ce qui concerne le monde nusantarien, une particularité jusqu’ici rarissime parmi ceux qui ont entrepris de disserter sur l’histoire de Madagascar.

En plus ainsi de la pertinence de ses observations et de l’abondance des informations (quelquefois d’ailleurs inédites, et en tout cas, rarement diffusées) qu’il apporte concernant les questions d’ordre culturel, social ou politique, Valin-kitsaka! comporte une authentique dimension érudite. Ce qui fait que l’on a désormais beaucoup de difficultés à imaginer que quelqu’un s’intéressant aux réalités profondes de Madagascar puisse se passer de le consulter. En revanche, on peut très bien imaginer que, pour les érudits merina à venir, cet ouvrage ne manquera de servir longtemps d’outil précieux de référence. Et en tout état de cause, on peut d’ores et déjà affirmer qu’il représente un formidable stimulant intellectuel, tranchant nettement alors avec tout ce que l’on a pu écrire jusqu’ici sur Madagascar.

Pour la première fois en effet, un ouvrage prend courageusement le contre-pied de ce que des générations de malgachisants ont pu sécréter pour assurer la perpétuation de la domination coloniale française sur ce pays. Rien qu’à ce titre, en se faisant d’office le porte-parole d’une révolte éminemment libératrice, il occupe une place à part que nul ne saurait feindre d’ignorer ou de sous-estimer. A plus forte raison alors lorsqu’on considère aussi que son auteur est un universitaire se réclamant ouvertement d’être merina (un véritable événement!) et que toute sa vision est nourrie par, d’une part les traditions merina les plus authentiques (l’une des principales références de Valin-kitsaka! est ainsi le Tantaran’ny Andriana, une compilation des traditions merina du XIXe siècle), et de l’autre, une solide expérience des réalités profondes du monde nusantarien. On comprend dès lors pourquoi, en dépit d’une diffusion encore restreinte, son impact semble déjà si considérable et ne manquera d’augmenter rapidement dans les mois et les années à venir.

En dehors ainsi des mouvements merina où son influence ne pouvait être que déterminante, Valin-kitsaka! (et plus largement, les textes diffusés dans le cadre du Sehatr’Imerina qui, dans une certaine mesure, ne font que le prolonger) a indéniablement contribué à faire avancer le débat concernant la mise en place d’un système fédéral à Madagascar. Auparavant en effet, les références au « fédéralisme » étaient avant tout l’apanage des mouvements « régionalistes » de la périphérie qui s’en servaient, tantôt pour dénoncer le centralisme d’Antananarivo, tantôt pour menacer le territoire merina d’étranglement. Mais depuis, la situation s’est pratiquement inversée puisque cette fois-ci, ce sont les Merina eux-mêmes (les seuls en tout cas qui osent s’exprimer en tant que tels, d’où une représentativité de facto) qui déclarent tout haut vouloir en finir avec l’étouffement de leur territoire, au point de réclamer purement et simplement sa libération. Autrement dit, ce ne sont plus les marges qui menacent de se détacher du centre mais au contraire ce dernier qui souhaite se débarrasser de ce qu’il considère comme une entrave insupportable à son propre développement. De « victimes » attitrés du centralisme de la capitale, les provinces extérieures se retrouvent ainsi subitement dans la position de l’oppresseur ou du profiteur sur qui plane la menace de l’éloignement, de l’abandon.

Autre influence indéniable de Valin-kitsaka!, le discrédit dans lequel est maintenant tombé l’usage du terme « malgache/malagasy » pour une proportion en augmentation constante de la population merina. A tel point donc que l’on peut déjà prévoir que, dans un proche avenir, ce terme ne manquera de retrouver pour la majeure partie des habitants de l’île la fonction qui a été la sienne avant le XIXe siècle, à savoir une simple injure, à l’usage avant tout des étrangers.

Tout cela, bien entendu, n’arrange en rien les intérêts des accapareurs du pouvoir qui, pris de court, durent se rabattre sur ce semblant de solution encore plus dérisoire qu’incohérent qu’est la mise en place des provinces dites « autonomes ». Personne n’est cependant dupe et tous savent que la situation actuelle n’est que provisoire, ou plutôt, transitoire. A chacun par conséquent de se préparer aux prochaines échéances qui ne peuvent être que la mise en place d’une nouvelle structure véritablement fédérale, pour ne pas dire, confédérale. Pour les responsables merina, Valin-kitsaka! et les autres travaux issus des mêmes inspirations ne manqueront alors de servir de premières sources de réflexion.

C’est dire une fois de plus l’importance exceptionnelle de cet ouvrage pour l’orientation du débat politique à Madagascar.

Bien évidemment, cette importance n’a pas échappé non plus aux malgachisants qui, en plus, perçoivent nettement maintenant la gravité de la menace qui pèse sur leur notoriété et l’ensemble de leurs travaux. Et d’autant plus irritant que, pour eux comme pour les autres détenteurs du pouvoir à Madagascar, l’ouragan représenté par Valin-kitsaka! constitue une catastrophe imprévisible contre laquelle ils ne peuvent que se sentir désarmés. Comment en effet pouvaient-ils seulement imaginer qu’un seul ouvrage, diffusé uniquement sur internet serait en mesure d’avoir si rapidement un tel impact sur l’évolution du pays, à leur détriment? Et surtout, que peuvent-ils encore espérer contre la fureur d’une sorte de « spectre » surgi de nulle part pour brandir à nouveau fièrement le flambeau oublié des Menalamba (les insurgés anti-français de 1895-1897, issus pour la plupart de la paysannerie merina) et qui, à force de science et de pertinence intellectuelle place d’emblée le débat à un niveau à la fois plus élevé et plus profond que tout ce qu’ils sont eux-mêmes en mesure de concevoir? Si bien que tout ce qui leur reste à faire est finalement de constater le « dégât », comme quoi Valin-kitsaka! représente incontestablement pour eux un véritable « désastre ». C’est en effet le terme même qu’utilise le principal responsable du colloque « anti-Valin-kitsaka! » (sous couvert de débats sur les « rapports interethniques et construction nationale à Madagascar ») organisé le 4-5 décembre 1998 par l’université de Paris VII pour qualifier l’extraordinaire impact de cet ouvrage.

Pour les Merina eux-mêmes cependant, les choses se présentent d’une toute autre manière. Valin-kitsaka! est pour eux un livre providentiel, apparaissant une peu comme un début de compensation pour le terrible dommage qu’ils viennent de subir. L’un des plus graves affronts de toute leur histoire réclamait absolument une riposte courageuse qui restitue un peu de leur dignité bafouée et profère des propos qui, à défaut d’être vengeurs crient au moins leur douleur, leur soif de justice. Mais surtout, à un sinistre exceptionnel, il fallait une réponse également exceptionnelle, des paroles sortant de l’ordinaire pour apporter une explication, des raisons d’espérer, de retrouver le courage de se relever, de rebâtir.

Il est vrai que, même objectivement, force est de reconnaître que cet ouvrage est de ceux qui méritent véritablement le qualificatif de « révolutionnaire », tant il apporte du neuf et promet d’exercer une influence déterminante sur l’évolution des idées et de la société en général. Et pas seulement sur Madagascar mais aussi, à terme, sur le monde français lui-même qui ne saurait ignorer longtemps le plus violent réquisitoire qu’on lui ai jamais adressé. Sans compter que, par ses critiques sans complaisance de l’antiracisme contemporain à travers un éclairage jusqu’ici insoupçonné, il promet de renouveler, sinon tout simplement de lancer enfin un véritable débat sur ce sujet majeur, et pourtant largement occulté encore, de notre temps.

C’est bien dire alors son importance puisque, non seulement Valin-kitsaka! fait indéniablement figure de « livre du siècle » au sujet de Madagascar mais, à l’échelle plus vaste de la planète, il peut même prétendre représenter l’une des toutes premières voix véritablement indépendantes issues des colonisés eux-mêmes et non d’une interprétation étrangère. Même ainsi si le langage qu’il utilise est le français, son inspiration profonde est manifestement toute autre. Au point que c’est en fait un texte traduit de la langue merina qui est constamment présente ici derrière chaque expression. C’est sans doute ce qui explique la multiplication des guillemets et le rappel fréquent des termes originaux indigènes, tant l’auteur craint l’insuffisance du français pour exprimer le fond de sa pensée qui, d’après ses propres déclarations, est avant tout inspiré par l’enseignement des Ntaolo, les « anciens sages » merina. Autrement dit, le fond culturel local, retrouvé dans toute son authenticité avant d’être revalorisé et reformulé en fonction des besoins et des interrogations de notre temps. Car par-delà ses efforts pour s’enraciner au mieux dans le vivier traditionnel, l’auteur sait aussi évidemment faire preuve d’une vaste culture moderne et, au besoin, ne manque d’illustrer son argumentation avec les données scientifiques les plus pertinentes, justificatifs à l’appui. En d’autres termes, ce n’est plus un vulgaire « anticolonialiste » du Tiers Monde ou un « humaniste » bon teint réclamant une quelconque « justice » en fonction des lois et des idéaux de l’Occident qu’il a fait siens qui parle ici mais un authentique merina, un homme enraciné dans l’ethnicité et les héritages de son peuple, se réclamant avant tout de ses propres valeurs ancestrales qu’il assume sans complexe. Rien ainsi que pour cet aspect de témoignage authentique qu’on se doit de lui reconnaître, on peut d’une certaine manière dire que Valin-kitsaka! est également en mesure d’exprimer la riposte de toutes les autres nations autochtones opprimées, des ethnies minorisées face au mépris et à la domination des pouvoirs étatiques établis qui les vouent à la disparition pure et simple au profit de la massification, sous prétexte de favoriser la démocratie et l’hédonisme individualiste.[13]

Pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, Valin-kitsaka! devrait d’ores et déjà occuper une place privilégiée dans la littérature politique contemporaine. Et d’autant plus évidemment si, comme tout permet de le croire, la confrontation entre l’enracinement ethnique et l’aliénation universelle, entre l’authenticité culturelle perpétuant le génie des peuples historiques et la consommation de masse destinée aux citoyens anonymes de la planète, ne manquera de devenir la préoccupation majeure du XXIe siècle. A sa manière, Valin-kitsaka! rappelle donc un peu les conditions du débat, en vue enfin d’un véritable dialogue entre les peuples et les civilisations. C’est-à-dire, avant toute chose, que chacun accepte d’écouter l’autre en le sachant différent, avec un regard et des intérêts qui pourraient être en contradiction avec ce que l’on porte soi-même. Et qu’en tout état de cause, aucune manifestation culturelle particulière, si puissante et si rayonnante soit-elle, ne saurait d’elle-même représenter d’emblée l' »universel » sur lequel tous doivent obligatoirement s’aligner.

Les Merina existent et veulent continuer à vivre, sans avoir à s’agenouiller ou à se renier. Après plus d’un siècle de silence forcée, subissant patiemment le piétinement et les injures, ils tiennent enfin à s’exprimer. Exprimer leur immense colère et leurs espoirs, formuler leurs griefs et réclamer leurs droits à la vie dans la dignité, comme pour tout un chacun. Reprendre également leur place et assumer leur rôle en tant que nation à part entière, héritière d’une histoire et d’une civilisation particulière, dans le concert des nations libres et responsables. La seule ambition de Valin-kitsaka! est d’essayer d’en rendre compte au mieux. Comme il se doit: avec courage, sincérité et fierté!

Jonah Andrianarivo, PhD
Ny Fanahy no Olona

[1] Ratrimonimerina, Valin-kitsaka! La nation merina, face aux incendiaires de palais. Imamo & Imerina, 1996-2000. XVIII-208 p. ISBN : 0-9671137-2-5. (Texte en français comportant un glossaire des mots et expressions en langue merina). Au cours de sa première diffusion, le sous-titre de cet ouvrage avait été « La riposte merina, face aux mpandoro-rova » dont la signification revient finalement au même que celui utilisé actuellement. En langue merina, Valin-kitsaka! signifie en effet « réponse au piétinement, riposte à une injustice, juste vengeance ». La présente version, qui serait en principe définitive comporte un chapitre en plus et de nombreuses notes complémentaires. (L’ouvrage est abrégé ici en VK) (Revenir au texte)

[2] VK, pp. 139-143.(Revenir au texte)

[3] VK, pp. 29-34 (Revenir au texte)

[4] VK, pp. 67-68 (Revenir au texte)

[5] VK. pp. 70-71 (Revenir au texte)

[6] A ce sujet également, Valin-kitsaka! apporte du neuf puisqu’il rappelle que non seulement les Noirs africains n’étaient pas les seuls à avoir été victimes de la « traite négrière » européenne entre le XVI et le XIXe siècle mais que, dans le cas de Madagascar même, l’un des peuples qui en avait le plus souffert était justement les Merina. Et d’autant plus digne d’être souligné que les « chasseurs d’esclaves » (mpijirika olona) qui servaient de fournisseurs aux Européens étaient principalement les populations noires des régions côtières. En d’autres termes, les premiers trafiquants d’esclaves au service des négriers européens étaient à Madagascar les Noirs, alors que parmi leurs victimes figuraient notamment les populations de race malaise de l’intérieur des terres. VK, p. 21, 64 et 191-192. (Revenir au texte)

[7] VK. p. 178, note (Revenir au texte)

[8] VK, ch. 2 intitulé « Faratay le cannibale ». (Revenir au texte)

[9] Les malgachistes sont les partisans de la destruction des identités ethniques ou régionales de Madagascar afin de favoriser l’émergence d’une nouvelle entité humaine dénommée « malgache », résultant d’une « synthèse harmonieuse » entre des éléments africains, asiatiques, arabes et européennes, sous l’égide de la francisation. Cette doctrine qui était implicite durant la colonisation est devenue officielle avec la mise en place de la république malgache, à travers la politique dite d' »unification nationale ». Ses adversaires la dénonce comme étant une simple tentative de créolisation afin de perpétuer à jamais la domination coloniale française à Madagascar (Revenir au texte)

[10] VK, p. 147. Et par la même occasion Valin-kitsaka! s’interroge également si ce n’est pas là qu’il faut rechercher la véritable source de l’actuelle politique de promotion systématique des Noirs entreprise par les Occidentaux, que ce soit à travers le politically correct anglo-saxon ou sa reprise par l’antiracisme pro-immigré des Européens. En somme, le Noir serait maintenant devenu le masque derrière lequel se cache le Blanc afin de perpétuer, et même développer son pouvoir sur le reste de la planète. (Revenir au texte)

[11] Depuis le début de l’époque coloniale, on appelle « malgachisants » les spécialistes français (plus rarement, d’autres Occidentaux) de Madagascar et leurs auxiliaires indigènes, prolongeant leurs travaux et perpétuant leurs façons de voir. Au départ, la plupart des « malgachisants » étaient des missionnaires ralliés au pouvoir colonial ou des administrateurs en service. La création en 1901 de l’Académie malgache par le général Galliéni, gouverneur de la colonie et initiateur également de la « politique des races » afin de « ravaler les Hova/Merina », acheva d’institutionnaliser les relations entre les malgachisants et le pouvoir colonial. Outre ainsi l’entreprise de recherches à prétention scientifique, les malgachisants servaient également d’agents de « malgachisation », sinon de « fabricant de malgache » cf. VK, p. 8. (Revenir au texte)

[12] Cf. VK, p. 125-126 (Revenir au texte)

[13] Cf. VK, p. 196 qui, à ce sujet, parle même de « massocratie ». (Revenir au texte)


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